Thursday, August 10, 2006

Les âmes mortes

Revenons sur terre, sur la terre qui n’en finit pas de brûler, la terre d’exode et de misère, la terre du Liban qui se transforme au fil des jours en immense camp de concentration. Des hordes traînent de village en village, du Liban vers la Syrie, de la Syrie vers un ailleurs, seul refuge d’un peuple en continuel déplacement. Le pays se vide de son sang, comme une hémorragie qu’aucun garrot n’arrive à stopper faute de volonté. Le Liban est une grosse plaie qu’on ne veut pas soigner, qui s’infecte un peu plus chaque jour, sous les coups d’un couteau qui s’acharne.
Et le monde regarde, approuve, s’apitoie, mais n’agit pas. C’est ce qu’on appelle le voyeurisme. Est-ce la vocation du Liban d’exhiber ainsi son malheur, de montrer ses blessures, de jeter à la face de la communauté des hommes ces horribles images d’enfants flasques, sans mouvements, sans vies?
Je veux sortir du tunnel de la mort, fuir la violence de l’ange exterminateur qui voit tout et sanctionne le moindre espoir de vie.
Je veux fuir le regard de ceux qui vivent normalement avec leurs petits soucis, leur routine exécrable. Ma routine c’est la guerre, mon souci la souffrance. Tout se banalise autour de moi, la vie reprend son cours terriblement, le pays s’adapte stoïquement à la douleur.
Bientôt il n’y aura plus de larmes, bientôt il n’y aura plus de pitié, bientôt nous serons seuls désemparés, hagards.Au loin pointe déjà le néant, au loin pointe le navire des immigrants. Je refuse cette déchirure, mais ai-je mon mot à dire ? Les autres décident pour moi et je me sens lâche, incapable d’action. Je culpabilise de vivre sur une terre qui a englouti 1000 personnes pour pas grand-chose. Le monde doit en faire autant, sinon les âmes mortes seront sa mauvaise conscience, le cri des enfants hantera leur sommeil, un jour peut-être…

2 Comments:

Blogger S said...

Bonsoir,
Puis-je oser compléter tes impressions par une des miennes, de l'autre coté de la Méditerranée...
je fais partie de rares dont ce conflit ne tarit pas l'envie de venir s'installer au Liban... Je vis dans l'angoisse évidemment, comme beaucoup. Je m'efforce de faire bonne figure au milieu de mes compatriotes qui constatent un énième conflit dans ce monde. J'essaie de ne pas enrager tout haut, mais je ne me résignerais pas, la guerre ne doit pas gagner notre résignation. Oui celui que j'aime est Libanais et est toujours au Liban et je crains pour sa vie. Mais une force, irrationelle certainement, me laisse à penser encore, de ma pénate preservée ici, que la vie fait des cadeaux parfois. Et dans ce pays à sac aujourd'hui je viendrais construire et reconstruire. Il ne s'agit pas de compatir, la compassion est parfois, (si ce n'est toujours), indécente dans ce cas-là. Alors non la guerre ne gagnera pas sur nous tous notre apitoiement. Compatir, repartir, fuir, courir, mourir... Alors toi qui fais le relais par ton blog, moi qui aime le Liban et mon Libanais, vous qui lisez ce blog, ne nous adonnons pas à cet exercice de style des mots sans e, et préférons-leur vivre.
Merci de tes mots quotidiens...
S.

11:03 PM  
Blogger Ostfen said...

Ma premiere apparition dans ton Blog, suivie de nombre d'autres sans doute. Tres belle imagerie evocatrice, tes mots touchent comme des sentiments.
Courage!

11:09 PM  

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