Thursday, September 14, 2006

Les morts

13 avril 1975, date officielle de la guerre du Liban, le pays sombre dans la violence et le chaos, les amis ne se reconnaissent plus, au nom d’une cause, je ne sais plus très bien laquelle. Le décompte macabre commence dès les premiers jours, très vite le nombre des victimes se chiffre en milliers de personnes, les morts anonymes, ceux qui ne comprenaient pas, pris au dépourvus entre 2 feus, en allant au travail, au pas de leur porte, dans leur bain, ceux qu’on appellera plus tard, martyrs de la guerre. Ceux-là, on les oublia, parti pour rien, au hasard des tirs, à cause de leurs idées de leurs croyances, de leur insouciance.
Mais il est des morts qu’on n’efface pas des mémoires, qui continuent de nous hanter chaque année comme si le temps s’était arrêté avec leur disparition, mythe chrétien de la résurrection ou nostalgie malsaine, comment qualifier un phénomène qui nous offre le spectacle sinistre de ces photos jaunis par les années, placardés sur les murs des petites rues du pays. Chacun y va de son idole, celui qui aurait pu sauver la nation de la déchéance, le héros de la guerre, l’icône des jeunes, l’irremplaçable, le garant des libertés. On les nomme dans les discours aux accents poétiques, on se fait leurs portes paroles, on revendique leurs descendances, on défend leurs idées obsolètes, ils sont notre conscience.
Dans l’une de ses meilleures œuvres, « La Chambre Verte », François Truffaut incarnait un personnage qui refusait la mort au point de ne plus vouloir vivre avec les vivants, il ornait sa maison des portraits de tous ceux de son entourage décédés, vouait un culte à ces centaines de disparus refusant de les effacé de sa mémoire. Mais la névrose de Truffaut relevait d’un questionnement existentiel, comment accepter ce que l’on ignore, cette expérience individuelle qui nous projette dans l’inconnu et qui laisse dans son sillage les orphelins d’un amour.
La culture de la mort au Liban est tout autre, elle est démagogie, elle est provocation, elle est refus de l’instant présent, elle est l’occasion de brandir des drapeaux symboles du morcellement du pays, elle est fanatisme. De ces cérémonies commémoratives annuelles, je ne dégage aucune émotion, juste de la haine, des propos bassement politiques, des intentions sournoises et des foules revanchardes.
Il faut honorer les morts pour ce qu’ils sont, des histoires, un lien avec le passé, le souvenir d’un jour heureux, un sourire, des souffrances. Ils n’existent plus, ils ne pensent plus, laissez-les reposer en paix, occupez-vous de ceux qui restent !

6 Comments:

Anonymous lebnaniyeh par coincidence said...

Assez sinistre cette vision des "morts celebres" heros pour certains,ex-ennemis pour d'autres,mais hélas, on ne peut plus vraie...Effectivement le mieux que l'on puisse offrir à ces illustres ames couronnes de fleurs et minutes de silence mis a part c'est la paix, les laisser reposer en paix apres des vies si mouvementées et des fins tellement atroces pour la plupart, au lieu de les ridiculiser à chaque occasion par des discours futiles qui ne servent qu'à remuer le couteau dans la plaie...Par contre,Il serait fort ingrat de ne pas rendre hommages à ces inconnus morts sur le champ de bataille sans y avoir été conviés,sans savoir pourquoi et sans même avoir partagé les ideologies pour lequelles ils ont été tué voir masacrés, au deuil de ces parents qui ont enterré tant d'enfants inversant le cycle de la nature...à ce nouveau né de Cana martyr d'un jour,à cette pauvre mére qui rendut l'ame devant les yeux hagards d'un fils impuissant sans omettre de le rassurer jusqu'a la fin...sa fin,à ces hommes et femmes qui se sont courageusement portés volontaires pour aider leurs prochains et y ont laissé leurs vies ,à ce jeune secouriste qui defia le temps et la raison,à ce medecin du sud mort deux jours apres la fin "des hostilités''d'avoir été témoin de trop d'effusions de sang ,de souffrances humaines et de terribles massacres, à tous ceux qui sont sortis acheter du pain et ne sont plus revenus,à ces etrangers qui rencontrairent la mort dans un conflit qui n'etait pas le leur si loin de leurs patries,à tous ceux qui ne sont plus de ce monde parce qu ils se sont trouvés là ou il ne fallait quand il ne fallait pas,à ces corps ensevelis sous les decombres,à ces humains exceptionellement beaux dans leur incognito qui siegent là-haut dans les cieux et nous observent de si loin inclinons nous en leur honneur,rendons hommages à leurs memoires,souvenons nous de ces gens voués logiquement à l'oubli , rappelons nous des horreurs,des atrocités et de l'injustice de la guerre pour mieux apprecier la valeur inestimable de la paix et prions pour qu'elle soit eternelle.
Peace.

5:44 PM  
Blogger Claudine said...

Amen to that lebnaniyeh par coincidence! May they finally be allowed to RIP marcka, may our hatreds and fanaticisms RIP too.

9:48 PM  
Blogger laure ghorayeb said...

oui marc
les morts ,on ne leur fou pas la paix,on les sort de leur trou pour les exhiber ou les exploiter,on en fait des héros ou des morts inconnus,puis on les laisse trainer quelque part sans qu'ils sachent où aller .

ils attendent que nous ayons besoin d'eux ...ils veulent nous faciliter la tâche,et ils nous attendent.attention il faut inscrire les dates pour ne pas oublier de les appeler à la rescousse,le moment venu.C'était ça ce que tu voulais dire ?non merci .c'est trop facile de lâcher les héros d'un jour ou d'un moment.ils collent à notre peau et on ne peut pas s'en débarasser,pourquoi s'en débarasser?ceux que nous appelons à revenir en esprit,font partie de notre mémoire collective et quelqu'un a dit que "le pays qui n'a pas de mémoire est condamné à mourir de froid."
salut
laure

9:03 AM  
Blogger georges said...

Quid des autres, de tous les autres?

Piètre sépulture pour les 300 000 victimes (chiffre "officiel") de la guerre de 75-90 et de touts les autres disparus qui pourrissent à l'ombre de notre indifférence,
Faut il exhiber la dépouille du chef qui depuis son infaillibilité post mortem déclenche la catharsis collective ?
Ce deus ex monstrueux fige le temps et nous projette dans nos peurs les plus viles... celles des autres

Sachons faire le deuil en se rappelant ceux qui sont morts peut être nous comprendrons qu'il sont morts pour... (je n'arrive toujours pas à dire pour rien)
et nous pourrons nous pardonner… enfin… peut-être...

1:48 AM  
Blogger mazen said...

"je connais des morts qui vivent."
mieux que nous j'ajouterai.

2:44 PM  
Anonymous frencheagle said...

je suis contre l oubli parce que pour pardonner il ne faut pas oublier . la loi d'amnistie a eu pour effet de faire oublier ces morts, mais ce n est pas deja la 1ere fois dans l'histoire du liban
200 000 victimes de faim pdt la guerre de 14- 18 et on a choisi délibéremment d honorer que 40 martyrs par une place au centre de beyrouth.
Faisons pour une fois dans notre vie, une oeuvre, celle du pardon contre les aveux de nos criminels pour qu'ils ne puissent pas recommencer, abrogeons la loi d'amnistie et remplacons la par une nouvelle qui puisse etre comme celle d'afrique du sud, les aveux contre le pardon, cela permettra de ne pas oublier les victimes anonymes non moins celebre quand mme dans nos coeurs de ces periodes funestes

10:41 AM  

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