Wednesday, August 23, 2006

Penser contre soi même

Les journées commencent affreusement à se ressembler à Beyrouth, une pénible monotonie s’installe comme dans les pires moments des conflits chroniques des années 80.
Après le choc de la guerre inattendue, vécue presque comme une catastrophe naturelle ou la colère d’un Dieu, après l’écœurement face à la brutalité de la mort, après les péripéties médiatiques des batailles du sud, tout s’est absurdement figé faute de vainqueur ou faute d’énergie. Voici venu le temps de l’incertitude, d’aucuns annonçaient dès les premiers jours du conflit que le cataclysme préparait la solution finale qui donnerait enfin au Liban la stabilité espérée au lieu du statu quo des 40 dernières années. Mais comment envisager le retour définitif au calme, la construction d’un état fort, en l’absence de volonté politique claire ? Ma conviction est que l’homme peut agir sur l’Histoire, les révolutions des siècles passées en sont une preuve tangible, mais une révolution se doit d’être complétée par des actes positifs. Or au Liban chaque perspective d’avancée est sanctionnée par un retour à la case départ. Les mêmes évènements, les mêmes dirigeants, les mêmes répercussions économiques, les mêmes guerres, voici le cycle infernal d’un pays qui donne l’impression de se complaire dans le statut de sempiternelle victime de la communauté internationale.
Je suis blasé, j’essaye de ne plus croire en la destinée tragique du Liban, le Liban oublie, le Liban survit mais le Liban se fige, il se brise contre le mur de l’indifférence et de la convoitise internationales. Ses enfants meurent ou s’exilent et rien ne semble indiquer intérieurement la solution, le gouvernement malgré des apparences d’unité face à l’adversité, est plus que jamais scindé en une majorité sans idéaux et quelques ministres portes paroles d’une seconde armée qui campe sur des positions intenables.
Les problèmes du passé refont surfaces pour montrer si besoin était que le concept de démocratie consensuelle génère à chaque crise une paralysie totale de l’appareil d’état, un état qui refuse par crainte ou par paresse d’imposer une politique de refonte complète de la société, basée sur un véritable pluralisme au lieu de la fragmentation nationale actuelle.
Pour quelle raison doit-on avoir peur de la laïcité ? Le seul système qui garantie la tolérance, la liberté de culte, la citoyenneté à part entière, l’égalité des chances, le débat constructif. Mais voilà, chaque communauté veut sauvegarder ses acquis comme un butin de guerre et la société des compétences n’a aucune chance face au féodalisme larvé de la classe dirigeante. Il est temps que les jeunes se libèrent de leurs idoles mortes, semi vivantes ou vivantes, il temps de faire passer les idées progressistes.
Mais pour cela il faudra que le Libanais commence à penser contre son instinct clanique primaire et à agir contre soi même.

3 Comments:

Blogger Camille said...

Beaucoup d'amertume dans ce dernier post... Les années 80, les pires que nous ayons jamais vécues... je les éspère à jamais révolues...

10:30 AM  
Blogger marie said...

d'ici, le visage du libanais semble fataliste,
que l'habitude et le cycle infernal du recommencement mène à la seule préoccupation de reconstruire après la destruction,
comme si la roue, enchaînée, tournait autour d'elle-même sans qu'elle ait le moyen d'avancer,
et j'ai peur que les nouvelles trouvailles armées ne font que battre de nouveaux records,
pour éviter de dire que ce fut pire les autres fois...

10:59 PM  
Blogger mey said...

Quelles sont les idées progressistes ?
Sont-elles les mêmes partout ?

6:43 PM  

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