Monday, August 21, 2006

Les illusions

Lentement la vie reprend ses droits au Liban, demain l’aéroport accueillera de nouveau les voyageurs, les rues désertes il y à peine une semaine se réaniment au fil des jours, l’oisiveté des vacances imposées cède la place au travail et on feint d’oublier les combats.
Bien sûr l’exaltation des premiers jours de juillet, les embouteillages de la saison estivale ne sont pas au rendez-vous. La guerre avec son lot de malheurs et les incertitudes de la trêve occupent les esprits, l’inquiétude se lit sur les visages là où il n’y avait qu’insouciance et légèreté.
Samedi soir Gemmeysé regorge de monde ; ce besoin de sortir, de prendre l’air, de se laisser aller… il est vrai que peu nombreux sont ceux qui ont pu faire la fête pendant les évènements. Dans les bars, les mêmes discussions, les mêmes questions, que penser du Hezbollah, de ses armes ? A chacun sa réponse, à chacun sa conviction et au final un débat qui ne mène nulle part, sinon à la simple constatation qu’on parle pour ne rien dire. Car au Liban et depuis des années la situation échappe au peuple qui semble-t-il ne peut avoir aucune influence sur le cours des évènements. On le sait bien, les décisions sont prises ailleurs, par quelques chefs de guerre reconvertis en philosophe, quelques féodaux devenus progressistes, quelques militaires démocrates (le comble de l’absurde) et une poignée de religieux qu’il ne faut pas contredire au risque de se faire taxer d’intolérance.
Tandis qu’en Israël on demande des comptes aux dirigeants qui se sont engouffrés dans cette hasardeuse aventure, ici il faut faire semblant d’être heureux, heureux d’une victoire étrange qui laisse derrière elle un pays exsangue.
Alors certaines personnes clairvoyantes mais légèrement lâches, laissent passer le mensonge, avec un verre de vin et de petites querelles entre potes on finit par tout gober.
Malheureusement, de nos jours il faut se fendre la gueule pour entretenir nos illusions.

3 Comments:

Blogger mazen said...

marc,
tes textes, comme nous tous, deviennet de plus en plus désabusés.
vit-on un après-guerre ou un avant-guerre. seul l'avenir (ou alors dieu) nous le dira.
passe chez moi ce soir.

11:25 AM  
Blogger Stefane said...

non pas désabusé Mazen, mais plutôt clairvoyant
toutefois je suis moi convaincu que la seule force est bien celle du refus du peuple
j'aimerai le voir aussi dehors pour réclamer un changement pacifique
il ne faut pas douter et votre texte est vraiment intéressant pour engager à l'action
continuer à voir :)

3:33 PM  
Blogger marie said...

salut,
je suis né en 75 et j'ai quitté le liban en 90.
maintenant, je revois tout ça de loin.
nous devons etre de la meme génération?
en découvrant vos impressions dessinées et écrites, je suis chamboulée d'émotions.
que faire d'autre que de combattre avec nos pinceaux et crayons.
merci
et bonne continuation

8:51 PM  

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