Sunday, September 17, 2006

L'oubli (à lebnaniyeh par coïncidence)

Il me semble effectivement que rien n'arrive par coïncidence dans la vie, sauf la vie elle même (la naissance presque accidentelle), tout est question de choix n'en déplaise aux fatalistes.
Très émouvant le texte que tu as déposé dans mon blog, je pense totalement comme toi, les situations que tu as décrites sont aussi gravées quelque part dans ma mémoire, elles reviennent par moments m'interpeller, quand et pourquoi? Je ne sais pas. Malheuresement l'enfant de 1 jour sera oublié quoi qu'on dise, il sera l’histoire triste et sinistre d’un jour de la guerre, un exemple de la barbarie humaine, rien de plus. Pour lui il n'y a eu ni victoire ni défaite, juste un deuxième choc après la chute de l'accouchement, pour lui il n'y a eu ni cause ni résistance, juste un petit souffle rapide venu du ciel pour le prendre de la vie vers la mort, pour l'ensevelir à jamais dans cette terre que tu as choisi par coïncidence, qui a brûlé un dimanche matin pendant que je dormais tranquillement dans mon lit. Comment ne pas culpabiliser Pourtant j’oubli.
Je me rappelle encore il y a plus de 15 ans, le jour de la veillée de noël, une petite fille mourrait accidentellement, une balle perdue (pas pour elle), ils avaient passé l'information rapidement au journal de 20 heures, comme un vulgaire fait divers. Qui se souvient d'elle? Que sait-on de ses jeux? Quelle aurait été sa vie? Je ne sais pas pourquoi ce sont ces petites histoires individuelles qui me touchent le plus dans le cycle de la violence qui s'est abattu sur nous. Peut-être, parce que mon seul moyen d'appréhender le monde est égocentrique, je sens pour cette fille, pas pour une faction contre une autre, pas pour une armée contre une autre, pas pour une idéologie contre une autre, je sens son instinct de survie, son effroi, le sang qui coule comme une larme discrète et silencieuse pour rejoindre le flot des disparus anonymes, je sens son apaisement du dernier instant lorsque tout s’arrête. Mais je me dis que je la rejoindrai un jour dans la solitude de la mort et qu’on m'oubliera aussi, justice sera faite, l’oubli est ma seule consolation.

4 Comments:

Anonymous Anonymous said...

« Nul aujourd’hui, nul homme vivant ne nie, nul ne conteste, nul ne songe même à dissimuler qu’il y a un désordre ; un désordre croissant et extrêmement inquiétant ; non point en effet un désordre apparent, un trouble de fécondité, qui recouvre un ordre à venir, mais un réel désordre d’impuissance et de stérilité ; nul ne nie plus ce désordre, le désarroi des esprits et des cœurs, la détresse qui vient, le désastre menaçant. Une débâcle. C’est peut- être cette situation de désarroi et de détresse qui nous crée, plus impérieusement que jamais, le devoir de ne pas capituler. Il ne faut jamais capituler. » Charles Péguy

8:27 PM  
Anonymous Anonymous said...

Et encore cela :
"Je ne veux condamner personne, ô sombre histoire.
Le vainqueur est toujours traîné par sa victoire
Au-delà de son but et de sa volonté ;
Guerre civile ! ô deuil ! le vainqueur emporté
Perd pied dans son triomphe et sombre en cette eau noire
Qu'on appelle succès n'osant l'appeler gloire.
C'est pourquoi tous, martyrs et bourreaux, je les plains.
Hélas ! malheur à ceux qui font des orphelins !
Malheur ! malheur ! malheur à ceux qui font des veuves !
Malheur quand le carnage affreux rougit les fleuves,
Et quand, souillant leur lit d'un flot torrentiel,
Le sang de l'homme coule où coule l'eau du ciel !
Devant un homme mort un double effroi me navre.
J'ai pitié du tueur autant que du cadavre.
Le mort tient le vivant dans sa rigide main.
Le meurtrier prendra n'importe quel chemin,
Il peut chasser ce mort, et le chasser encore,
L'enfouir dans la nuit, le noyer dans l'aurore,
Le jeter à la mer, le perdre, et, plein d'ennui,
Mettre une épaisseur d'ombre entre son crime et lui ;
Toujours il reverra ce spectre insubmersible. " Victor HUGO

(Re)lisons Victor Hugo !!!

8:52 PM  
Blogger lebnaniyeh par coincidence said...

merci de trouver mon commentaire emouvant,merci de partager ma peine pour ces morts innocents,merci de penser à cette petite fille que je ne connais pas apres tant d'années .Se sentir concerné et compatir pour ces malheurs individuels qu'on appele banalement des faits divers est une reaction tres humaine,tres comprehensible car on se sent plus proche de ces personnes pour la simple raison que nous subissons tout comme elles l'ont subi les consequences de l'abus de pouvoir et "la folie des grandeurs".....

11:24 PM  
Blogger Fay said...

Marcka
Je viens just de découvrir tes "impressions" d'une douleur qui est allée très loin, une douleur que je partage avec toi
Depuis le début de cette guerre jái eu trop mal et c'a m'a enpeché de te voir. L'inquiétetude consommait mon intelligence et je m'enfermais dans ma peur au quotidien, minute par minute... ca a pris du temps de retrouver la sanité...
Je passe tes mots en rétrospective, je revis mon cauchemar doucement, essayant de le rassionaliser...
Y-a-t-il un sens à tout ca? As-t-on appris quelquechose?
Je te souhaite beaucoup de mots et beaucoup de lecteurs.
Nous les "chiens" aboyons bien forts, faisons entendre notre voix
Nous en avons assez de nous faire tuer. Que la machine de guerre se fige! Que les bourreaux soient suffoqués par leur propre haine...
Que le souvenir de ce bébé d'un jour né pour mourir nous guide!

1:46 PM  

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